Saint-Etienne : elle a écopé d’une peine d’interdiction de manifester pendant un an après avoir filmé !

Nina Guerçon-Bougaci, jeune étudiante de 27 ans en Master FOULE, Formes et Outils de l’Enquête, a écopé d’une peine d’interdiction de manifester pendant un an après avoir filmé les images des arrestations qui ont eut lieu samedi 12 janvier 2019 à Saint-Etienne.

Le motif de la condamnation : « a participé à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou la destruction ou dégradation d’un bien en ayant le visage dissimulé. »

Voici les images de Nina Guerçon-Bougaci qui avaient été tournées pour le journal étudiant indépendant « Le Gueuloir » :

 

Elle a bien voulu revenir sur son arrestation et s’est confiée en exclusivité pour Loiretv.fr.

Son témoignage après sa garde à vue

 

« La vidéo que vous avez partagée a été tronquée. On voit bien sur les autres vidéos qu’on est en marge du mouvement.
Je portais un casque de ski qui servait de support à la GoPro [la célèbre marque de caméras d’action], des lunettes de ski pour voir ce que je filmais et un masque pour tenter de respirer.
Je n’ai pas demandé à être représentée par un avocat car je n’avais rien à me reprocher. On m’a demandée si je voulais un avocat. J’avais le numéro écrit au marqueur sur le bras mais j’ai préféré dire non.
On était 4 nanas dans une cellule de dégrisement dégueulasse sans fenêtres, il n’y avait plus de places. Avant d’arriver au commissariat, ils nous ont mis des serflex en plastique, hyper serrés, y’avait pas de menottes.
J’ai effectué 19h de garde à vue, en compagnie de trois autres filles. Ils ont pris mes empreintes, taille, photos, tatouages, ADN : la totale.
Tout ça pour un film ! C’est du n’importe quoi !
Nous, c’était juste pour l’amour de la sociologie ! Ils se sont basés sur la dissimulation du visage. En même temps, sans protections : on n’aurait pas pu passer.
Je suis un peu surpassée par les événements. C’est un peu dur de redescendre sur terre, on ne s’en rend pas bien compte en garde à vue. Cependant, si c’était à refaire, je le referais. Au nom de la liberté d’expression.
Aujourd’hui, on atteint des mesures archaïques. Je ne cautionne pas les violences, mais j’arrive à les comprendre. Et en s’attaquant aux journalistes, et sciences humaines ça fait peur pour la suite. C’est comme si on n’avait plus le droit de réfléchir.
Les mass médias [médias de masse] deviennent de plus en plus un outil de pouvoir qui fonctionne avec l’Etat, et qui fatalement perd toute liberté d’expression et toute objectivité.
Et ce n’est plus de l’information, mais de la consommation d’images.
On n’a pas le temps de réfléchir sur les infos et ils nous en balancent une autre par-dessus dans le but de faire oublier la première. »
En savoir plus, aller plus loin :
Reporters sans frontières appelle à un « sursaut citoyen » dans une pétition :
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Rédaction : Leandro De Carvalho.
(c) Loiretv.fr - Mise à jour : 21/01/19 à 08h21
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